Category: Livres,Romans et littérature,Autres littératures étrangères
Nous combattrons les ombres Details
La nuit du passage à l'an 2000 va changer toute la vie d'Osvaldo, le psychanalyste, qui se définit comme un simple déchiffreur d'histoires. Autour de lui, la réalité commence à se modifier, comme les histoires que lui racontent ses patients dans le silence de son bureau. Cette nuit-là il perd sa femme mais en rencontre une autre, et sa patiente magnifique, la visiteuse du soir, se prépare à lui révéler un secret qui va le placer devant une réalité clandestine aux répercutions incalculables. Ce roman inquiétant nous plonge dans la vie intérieure d'Osvaldo, confronté à un combat qui le dépasse. Le lecteur, placé à un point d'observation unique, partage cette tension psychologique, sous la conduite d'une romancière qui nous a toujours montré qu'il n'existe rien de plus réel que l'onirique et rien de plus fantastique que le réel. Le titre n'est pas une incitation militante à combattre les ombres de la société moderne mais le constat de l'ironie qu'il y a dans l'impossibilité d'atteindre les auteurs du mal et de ne pouvoir combattre que leur ombre. Les crimes dont parle ce roman sont l'un des ingrédients de la grande tromperie qui constitue nos sociétés et que révèlent les rêves du psychanalyste. C'est un roman sur le risque de vivre pour l'homme ordinaire face au monde totalitaire que la modernité est en train de créer. Ce livre a reçu dès sa sortie le Grand Prix de la Société des Auteurs Portugais. Lidia Jorge est née dans l'Algarve en 1946, elle est l'auteur de : La Forêt dans le fleuve (1988), Le Rivage des murmures (1989), La Journée des prodiges (1991), La Dernière femme (1995), L'Instrumentaliste (1998) qui a reçu le Prix de la Critique Allemande, La Couverture du soldat (1999), Prix Jean Monnet 2000, Le Vent qui siffle dans les grues (2004).

Reviews
Les romans de l'une des plus grandes romancières portugaises et européennes actuelles, Lidia JORGE, sont toujours une fête de l'intelligence pour ses lecteurs. Ici, elle se surpasse en subtilités et en jeux de miroirs, en allégories et symboles. Son héros, un psychanalyste quadragénaire, va peu à peu découvrir que le coeur de la vie ne se situe peut-être pas dans l'inconscient de ses patients qu'il explore sans relâche mais dans une réalité triviale, voire sordide, que notre monde contemporain qui se croit surinformé et qui pense tout savoir ignore totalement. Des horreurs peuvent être à nos portes et tous, nous fermons les yeux. Les politiques, la police, les journalistes et les autres médecins feront tout pour dissuader le héros discret et modeste (presque un anti-héros) à vouloir jouer au justicier solitaire et au dénonciateur isolé de faits graves qu'il aura découverts au hasard de confessions troublantes d'une étonnante patiente. Le roman glisse de la comédie sociale à la satire du Portugal des années 2000, du fantastique onirique au polar avec une puissance et une subtilité de construction exceptionnelles. L'un des thèmes majeurs de l'oeuvre de Lidia Jorge est le triomphe de l'individualisme et de la passivité dans nos sociétés post-révolutionnaires et une fois de plus, elle en fait une démonstration magistrale. Riche en réflexions existentielles et philosophiques, ce roman nous tient en haleine jusqu'au bout par un parfait dosage avec suspense, rebondissements, jeux des sentiments, actions... Et toujours l'écriture subtile, magistrale de cette grande styliste qu'est aussi Lidia Jorge. On pourra reprocher à l'auteur le travers visible de nombreux "intellectuels et artistes dits de gauche", à savoir une indignation sélective à propos des malheurs du monde et une accusation toujours du même camp (inutile de m'étendre là-dessus, vous m'avez compris). Mais cela n'atténue en rien la grande admiration que j'ai pour cette romancière. J'en profite pour dire que la France possède elle-aussi une romancière magnifique de ce qualibre intellectuel, stylistique et décrypteur du monde contemporain: ANNE-MARIE GARAT (qui a exactement le même âge d'ailleurs que son homologue lusitanienne). Mais la politique de nos éditeurs et de nos critiques littéraires 'professionnels" a renoncé depuis des décennies à suivre et défendre un auteur sur le long terme, ce qui fait qu'Anne-Marie Garat est beaucoup moins reconnue et encensée ...


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